High-level Dialogue on International Migration and Development - Roundtable 3

Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. La parole prononcée fait foi.
Renforcement des partenariats et de la coopération dans le domaine des migrations internationales, moyens d’intégrer avec efficacité la question des migrations dans les politiques de développement et promotion de la cohérence à tous les niveaux. Remarques préliminaires de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

Monsieur le Co-président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je me souviens très bien du moment de la signature du partenariat migratoire entre la Suisse et le Nigeria. C’était en février 2011, et il s’agissait du premier accord de ce type que nous avions développé avec un Etat africain. A cette époque, j’étais loin de me douter qu’une trentaine de mois plus tard, j’aurais l’honneur de co-présider avec son Excellence Monsieur le Ministre Patrick Abba, la 3e Table Ronde du Dialogue de haut niveau portant sur les mécanismes de coopération dans le domaine migratoire. Pour moi, cet événement atteste du succès de notre partenariat migratoire, un partenariat ayant permis des échanges réguliers, ouverts et constructifs dans le domaine de la migration.

Enfin, à cette époque, j’étais également loin de me douter que moins de trois ans plus tard, nous aurions développé ensemble près d’une vingtaine de projets dans le domaine de la migration et du développement. Permettez-moi de citer trois exemples pour vous donner un aperçu concret de notre partenariat migratoire : tout d’abord, l’été dernier, plusieurs jeunes nigérians ont participé à une formation intensive dans le domaine polytechnique au siège international de Nestlé en Suisse. Ensuite, il y a tout juste un mois, cinq jeunes collaborateurs du gouvernement suisse ont eu le privilège de participer à une formation diplomatique au Nigeria. Enfin, un projet est actuellement mis en oeuvre pour soutenir des instituts agricoles au Nigeria dans le domaine de la formation des jeunes.

Ces différentes initiatives témoignent du chemin que nous avons parcouru avec nos partenaires nigérians et démontrent qu’il est possible de développer des mécanismes de coopération bilatéraux cohérents et efficaces dans le domaine migratoire. Ces exemples illustrent également à quel point la migration est un phénomène complexe. Un phénomène qui continuera à concerner tous les pays, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières. Une large diversité d’acteurs est impliquée dans le domaine des migrations internationales, des acteurs avec des intérêts différents, parfois même contradictoires. Dans un monde globalisé, la migration est en outre toujours davantage liée à d’autres questions globales, telles que le développement, le commerce, les droits de l’homme ou encore le changement climatique.

Cette complexité soulève un important défi de cohérence pour les gouvernements. Mais il est plus facile de parler de cohérence que de la mettre en oeuvre. Il se trouve que les politiques gouvernementales ne sont pas toujours des modèles de cohérence. Cela semble particulièrement vrai pour les politiques ayant une incidence sur la migration et le développement. Il y a parfois conflit entre les intérêts et les politiques. Mais ce n’est pas une mauvaise chose en soi, car cela nous oblige à prendre en compte tous les intérêts en jeu et à trouver un juste équilibre. Permettez-moi d’illustrer mon propos par quelques exemples.

Les pays développés ont naturellement tendance à protéger la compétitivité de leur agriculture à coup de subventions, en limitant de facto l’accès au marché pour les pays en développement, ce qui fausse le libre jeu de la concurrence mondiale. Cela peut compromettre les chances des pays en développement d’exporter leurs produits, ce qui ne favorise guère leur développement économique. Les pays industrialisés sont contraints de réduire fortement leurs émissions de CO2, vu leurs effets désastreux sur le climat. Les pays en voie d’industrialisation pourraient à juste titre s’estimer en droit de demander un assouplissement de la réglementation, considérant que c’est finalement à leur tour de rattraper le retard et de profiter des bienfaits de la croissance. Enfin, le secteur privé pourrait souhaiter accroître sa compétitivité et donc demander un assouplissement du marché du travail, afin de pouvoir recruter et licencier des travailleurs migrants au gré de ses besoins. De telles pratiques seraient toutefois contraires non seulement à nos responsabilités sociales, mais aussi à l’intérêt que nous avons à soutenir le processus d’intégration.

Ces exemples montrent qu’il existe, de part et d’autre, des préoccupations différentes et légitimes, que nous devons soigneusement évaluer pour arriver à des politiques équilibrées. Nous ne devrions toutefois pas prôner la cohérence sans être prêts à admettre que nos propres politiques peuvent parfois sembler contradictoires. Plus important encore, nous devrions poursuivre nos efforts en vue d’une plus grande cohérence en la matière. Je voudrais souligner quatre éléments essentiels qui peuvent contribuer à une approche cohérente des politiques migratoires.

Premièrement, une approche coordonnée au niveau national est une pré-condition centrale pour une meilleure compréhension de la migration et pour le développement de politiques plus adaptées. C’est dans cet esprit qu’en 2011 mon gouvernement a adopté à la fois une nouvelle politique migratoire extérieure et un nouveau mécanisme de coopération interministériel. Dans la pratique, les agences et organismes gouvernementaux concernés qui s’occupent des politiques ayant une incidence sur la migration se réunissent régulièrement pour trouver un terrain d’entente, examiner des projets concrets et prévenir les conflits d’intérêts ou trouver, le cas échéant, des solutions de conciliation. Le ministre suisse des Affaires étrangères et moi-même veillons, bien plus que par le passé, à coordonner étroitement nos contacts internationaux et les messages que nous souhaitons faire passer. Moyennant quelques mécanismes faciles à appliquer, nous pouvons considérablement améliorer la cohérence et l’efficacité de nos politiques. La plus value de politiques cohérentes est indéniable, cela dit, chaque département doit s’assurer de ne pas perdre de vue son mandat.

Deuxièmement, la cohérence requiert une appréciation des liens qui existent entre la migration et d’autres questions politiques clef, notamment le développement. Il est ainsi crucial de consacrer plus de moyens et de réflexion à l’intégration de la migration dans les politiques dites de « développement ». C’est pourquoi la politique de développement suisse pour la période 2013-2016 inclut la migration comme thème global prioritaire. Je pense à une multitude de projets concrets, petits ou grands, que nous avons lancés avec nos partenaires, par exemple pour profiter du potentiel de la diaspora pour l’intégration ou pour le développement du pays d’origine. Egalement, la politique de l’éducation ou la politique de l’emploi, par exemple, recèlent un potentiel encore peu exploité pour contribuer à une meilleure intégration des migrants vivant en Suisse. La discussion qui débute actuellement sous l’égide du post-2015 constitue certainement une opportunité pour poursuivre le travail initié.

Troisièmement, une approche cohérente requiert des partenariats bilatéraux et multilatéraux. Au niveau bilatéral, la Suisse a développé, en 2008, l’instrument innovateur des partenariats migratoires que nous avons depuis lors établi avec différents Etats, dont le Nigeria, comme j’en ai parlé au début. Ces partenariats nous donnent la possibilité de développer une compréhension commune, de lancer des projets en commun pour promouvoir les opportunités que la migration présente, tout en luttant ensemble contre les phénomènes négatifs qu’elle peut engendrer, telle la migration irrégulière ou la traite des êtres humains.

Au niveau mondial, durant les sept dernières années, le Forum Global sur la Migration et le Développement (FMMD) a été le pivot autour duquel les Etats ont pu développer un dialogue et construire la confiance qui était indispensable pour aborder la thématique des migrations. Au niveau régional, les différents processus de consultation ont également permis de renforcer le dialogue. Aujourd’hui comme demain, nous devons toutefois trouver la meilleure façon de faire interagir ces dialogues afin de renforcer davantage le lien entre la réalité vécue par les migrants, les politiques nationales et régionales et les discussions au niveau multilatéral.

Enfin, nous devons également renforcer la coopération et les partenariats entre les Etats et tous les acteurs du système. Hier, lors d’une réunion parallèle que j’ai coprésidée avec le gouvernement du Bangladesh, nous avons parlé de l’importance de créer des alliances entre les différents acteurs internationaux et de promouvoir l’intégration de la migration dans l’agenda post-2015. Les agences du groupe mondial sur les migrations, le monde académique, les syndicats et les organisations de la société civile, souvent plus proche de la réalité des migrants, ont un rôle fondamental à jouer dans tous les domaines de la migration. De nouveaux mécanismes de coopération entre les Etats et le secteur privé doivent en outre être identifiés afin entre autre de garantir des modalités de recrutement éthiques. Finalement, ceux qui paradoxalement ont été souvent négligés dans les discussions, les migrants, doivent retrouver leur place au sein du système.

Je vous remercie pour votre attention.

Dernière modification 04.10.2013

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